RADICALE ECOLOGIE DU XXI éme SIECLE

30 août 2022

L'ECOLOGIE PUNITIVE DU CAPITALISME


 

affreux

(en attendant la guerre nucléaire)

« Il y a la crainte que la transition écologique ne soit qu’un piège social de plus ».

Eloi Laurent (économiste)1

La préservation de la planète est désormais conçue par tous les partis politiques bourgeois comme une croisade apolitique face à ce fléau, la pollution, dont nous serions tous également responsables. Fréquents sont les appels œcuméniques et surtout moraux, à la mobilisation, de la part notamment des personnalités et des politiques les plus médiatiques, avec ce credo bourré dans le crâne dès la maternelle « il faut sauver la terre ». Incontestablement toute l'humanité est concernée, avec un bémol étranger à toutes ces croisades écologiques : qui est véritablement responsable ? Quitte à vous choquer vous tous les bien-pensants de la bobo-écologie : la pollution n'est pas le problème c'est sa cause qui l'est, et sa cause c'est le capitalisme historique et hystérique dans toute son irrationnalité et inconscience. Plus grave que la pollution ou le réchauffement climatique2 en ce moment : LES GUERRES IMPERIALISTES en extension !

Des groupes révolutionnaires maximalistes le démontrent très bien3.

 

Révolution Internationale : « De même, les canicules en chaîne, comme celle s’étant abattue sur l’Inde et le Pakistan en mars et avril derniers, rappellent que les cataclysmes liés au dérèglement climatique menacent toujours davantage l’humanité. Les effets les plus extrêmes (canicules, sécheresses, inondations, tempêtes, etc.) tendent même à devenir la norme et rendront bientôt impossible la vie humaine dans des régions entières de la planète ».

 

Battaglia Comunista : conférer à l'article superbe de feu Mauro Stefanini : « Capitalisme et environnement » traduit par Jean-Pierre Laffitte, que j'ai envoyé à tous ceux qui me l'ont demandé. Les publications de ces groupes, si elles ne font aucune concession au « réformisme écologique », ne cessent de bégayer à chaque fin d'article « seule la classe ouvrière peut sauver le monde », qui sonne très oecuménique, ressassant des généralités pompeuses sur ce soi-disant « géant endormi » qui reste invisible au moment d'une guerre comme celle en Ukraine (immobilisme et lâcheté de la classe ouvrière russe) sans aucune mobilisation à l'échelle internationale. Aucune révolution n'a commencé du fait de la crise économique ou par une accumulation de grèves, contrairement à la vision néo-syndicaliste de la plupart de nos maximalistes ; Michael Heinrich a bien démontré ce fait4. Si révolution il y a à long terme, ce sera probablement à cause d'une catastrophe planétaire, mais certainement pas du domaine écologique, totalement manipulé par le pouvoir.

Or, si la lecture de ces articles déjà très anciens analyse bien les responsabilités indéniables du capitalisme, un survol de la littérature scientifique récente concernant les moteurs de la dégradation de l’environnement montre bien par contre que les responsabilités sont fortement différenciées, que ce soit pour « les pauvres » et des pays dits « sous-développés », où la pollution n'est pas vraiment un problème puisqu'elle empeste et génère maladies et catastrophes dont se fout le monde occidental.

Les clichés « affreux, sales et méchants », héritage du mépris bourgeois du 19ème siècle, restent ancrés dans l'arrière-fond de la propagande bourgeoise planétaire, jusque dans les religions et en particulier l'islamique5. Oui ils étaient affreux et sales mais, pas de leur fait, absence d'eau courante, proximité et exiguïté des habitations...

On généralise encore sans vergogne en laissant accroire que la richesse est associée à la préservation de l’environnement, voire que les riches protègent mieux l’environnement que les pauvres, ce qui à ce jour ne fait l’objet d'aucune investigation sérieuse6. On fait payer l'écologie aux pauvres prolétaires pas seulement psychologiquement mais au niveau de leur niveau de vie, mais surtout par les privations et l'accès à une nourriture dégueulasse... par manque de moyens (quoique « c'est de leur faute ») ; l'écologie officielle apparaît donc à ceux d'en bas, comme une question de « moyens »...

Le coût élevé des diverses obligations et installations liées à l'écologie, va avec cette notion stupide de « pouvoir d'achat », que je ne cesse de dénoncer comme lubie syndicaliste collabo du système marchand, à qui je préfère le « pouvoir de vivre » ; dans l'OBS, un auteur démontre brillamment le ridicule du « pouvoir d'achat »7

« Je trouve très étonnant que ce terme fasse autant consensus, à l’heure où les crises écologiques s’accélèrent sous nos yeux et alors qu’elles sont visiblement le fruit empoisonné de notre pouvoir de tout acheter (…) la focalisation sur les indicateurs macroéconomiques standards, comme le revenu ou la croissance du PIB, conduit à négliger la qualité de la vie humaine en favorisant la destruction de la biosphère »8.

Sur cette « écologie punitive » il faut hélas constater que c'est le groupe trotskien LO (plutôt néo-stalinien et populiste) qui a produit le meilleur et le plus percutant article pour décrypter cette idéologie qui n'a pas simplement pour but de moquer les pauvres mais surtout de décrédibiliser une classe ouvrière sale et méchante, qui fume et picole9.

EXTRAITS

La protection des ressources naturelles a servi à justifier les plans d'austérité

Et cela ne doit pas surprendre. La critique de la société dite de consommation, thème chéri de la plupart des groupes écologistes, était en harmonie avec l'idéologie d'austérité que prôna la bourgeoisie, en particulier à partir de 1973-74.

Les experts du Club de Rome avaient, sans doute et pour partie en tout cas, voulu avertir leur classe des problèmes réels créés par la dégradation croissante de l'environnement et par les risques croissants de catastrophes, qui pouvaient affecter éventuellement des bourgeois eux-mêmes. Mais leur cri d'alarme avait aussi et surtout un objectif propagandiste : il a contribué dans les années 70 à utiliser la protection des ressources naturelles pour justifier les plans d'austérité. Cela correspondait au tournant de la situation de l'économie capitaliste, pour laquelle les profits commençaient à ne plus passer par les investissements productifs.

Si bien que l'idéologie écologiste faisait une sorte de pendant à l'idée de la « Croissance zéro ». Quand les écologistes affirmaient qu'il vaut mieux « être » qu' « avoir », cela restait un peu obscur, mais quand ils déclaraient «  la contestation du milieu de vie sera plus révolutionnaire que celle du niveau de vie », qu'ils se sont mis à préconiser le partage du travail et des salaires (pas des revenus en général, des salaires !) comme moyen pour combattre le chômage, la convergence idéologique est mieux apparue. D'ailleurs, de l'écologiste inconnu au conseiller des organismes officiels, voire au ministre, bien des trajectoires ont été rapides.

Environnement, une valeur marchande

Les patrons savent se mettre au vert quand ils y voient leur intérêt. Ils ont su bien souvent « recycler » la mode écologiste à leur profit. Rhône-Poulenc fait sa publicité autour de l'écologie tout en étant parmi les gros pollueurs sur le plan mondial. Son PDG, Jean-René Fourtou, l'a dit lui-même : «  D'une charge nécessaire, l'environnement est devenu un « business » pour nous ».

Le traitement des déchets est devenu une branche industrielle sur laquelle la Générale et la Lyonnaise des eaux occupent une position de quasi-monopole. Si l'amiante a rapporté en son temps, le marché du désamiantage est aujourd'hui convoité. Les produits « verts », ou « éco-produits », se sont multipliés - il y a même eu des SICAV « vertes » lancées sur le marché financier voici quelques années : cela entre dans le cadre de la concurrence.

Plus fort : aux États-Unis, des « droits à polluer » ont été instaurés. Des entreprises peuvent choisir de s'équiper anti-pollution ou de payer pour avoir le droit d'émettre un certain montant de substances nocives. Elles peuvent céder leurs droits à d'autres entreprises qui trouvent plus avantageux de polluer en payant. Les échanges passent par une société de courtage. Avec un véritable marché boursier des « droits de pollution », un sommet est atteint !

Une fraction de l'écologisme qui se veut plutôt de gauche parle volontiers de solidarité et de démocratie, rejoint le courant humanitaire des divers mouvements « sans frontières » ; elle a une coloration humaniste et progressiste, tout en n'allant pas au-delà d'un vague réformisme gestionnaire. Tandis qu'une autre composante véhicule des idées d'attachement à la terre qui rappellent le vieux fonds pétainiste français et son thème « La terre, elle, ne ment pas ».

Les notions d'ordre et de stabilité sont au centre des soucis de ce courant conservateur, tout comme le culte d'une nature mythique qui est déjà allé de pair dans le passé avec des mouvements et des régimes d'extrême-droite. Aujourd'hui, on voit le Front national prôner une sorte de « national-écologisme », et Bruno Mégret, l'un de ses dirigeants, déclarer que «  les partis écolos-gauchistes sont une espèce en voie d'extinction », et prôner un retour «  à une éthique et une esthétique de la vie qui raniment le sens du sacré et de la durée, et permettent à l'homme de retrouver la conscience de ses racines et de son identité », préconisant de mettre «  la science humaine au service des lois naturelles et de la nature », car pour ces individus «  défendre la faune, la flore, les sites, le patrimoine, c'est défendre ce que l'on est, c'est défendre son identité », contre «  l'écologisme cosmopolite »... Il «  pose comme essentielle la préservation du milieu ethnique, culturel et naturel de notre peuple »10.

« Contrairement à ce que feint de croire une partie du mouvement écologiste, qui se borne à dénoncer les « excès du libéralisme », ces problèmes sont, pour l'essentiel, sans solution dans le cadre de la société capitaliste ».

« Les problèmes d'environnement montrent, ensuite, à quel point la propriété privée des moyens de production, du sol par exemple, est contradictoire avec les impératifs d'une gestion rationnelle des ressources naturelles ».

« L'arrêt des guerres et des dépenses d'armement, la reconversion de toute cette industrie de mort en fabrication de biens utiles aux populations, voilà déjà un grand pas en avant qui serait rendu possible. Selon un rapport de l'ONU qui date de quelques années, les dépenses nécessaires d'urgence dans le monde en matière d'eau potable ne s'élèveraient sur dix ans qu'à trois mois de dépenses militaires. Ou encore, le prix payé pour deux navires de guerre par la Malaisie en 1992 aurait suffi à fournir de l'eau potable pendant un quart de siècle aux cinq millions d'habitants de ce pays qui en manquent »11.

Une écologie punitive pour les affreux, sales et fainéants

Les termes « écologie punitive » ne sont pas montrables pour nos prudes maximalistes (utopiques) car la notion serait trop utilisée par l'extrême droite. D'abord l'extrême droite dans certains de ses constats ne dit pas que des conneries12. Elle semble avoir été usitée par les chasseurs initialement puis par Ségolène Royal, alors ministre de l'écologie, puis plus tard par Valérie Pécresse. Heureuse trouvaille que j'ai fait aussi mienne. Car, même sans cette caractérisation, l'expression correspond bien à ce que la majorité de la classe ouvrière ressentait depuis les années 1970, dès l'instant où l'écologie signifia avant tout protection du « cadre de vie » des plus aisés de l'invention du bio à la voiture électrique (comme le démontre l'article de LO que je salue par après). Le plus caricatural de cette « écologie de luxe » reste l'étalage paradoxal à notre époque de gros SUV (qui consomment plus donc polluent plus même que le petit tacot de l'ouvrier) en ville. Je suis effaré de constater souvent dans les embouteillages que ces grosses merdes sont plus nombreuses que les voitures des pauvres. J'ai déjà rapporté que les cadres sont désormais aussi nombreux que les ouvriers, ont les moyens de se payer des voitures à quarante mille balles, votent NUPES et cie. Preuve que nous les sexagénaires et septuagénaires nous ne connaîtrons jamais de notre vivant la révolution face au long règne du « pouvoir d'achat » des bobos exhibitionnistes de leur confortable résidence secondaire et qui affirment leur domination en collant sans cesse au cul de ma Twingo de 200313. Certains ne craignent pas de dénoncer une « ségrégation sociale », en particulier au Brésil14.

À Paris, où la grande majorité des petits bourgeois interviewés évoquent spontanément les conséquences sociales de la pauvreté et considèrent comme évident que tous les enfants ne disposent pas des mêmes opportunités et chances de réussite, ces bobos de droite affirment que les adultes qui restent pauvres manquent de volonté pour s’extraire de leur condition, et, à l'unisson de la clique à Macron, les critiques de l’État-Providence étalent leur même mépris de la paupérisation.

Les principes du « pollueur-payeur » fondent cette idéologie « punitive ». La hausse des prix étant attribuée à la rareté des ressources, le niveau de vivre des plus démunis, retraités et chômeurs, est encore plus coulé. Cette pensée réactionnaire a pris naissance, comme le wokisme, aux États-Unis à la fin des années 1970, en tant que « courant de la Justice Environnementale » qui s'est mis à étudier la distribution des activités polluantes selon des critères sociaux, économiques ou ethniques, et tente de démontrer en quoi cette répartition peut être considérée comme juste ou inique. Issus de mouvements sociaux de base inspirés es mouvements hippies et gauchistes pour les droits civiques des années 1960 et 1970, ils concluent la plupart du temps à la présence d’injustices environnementales, et se branlent de la paupérisation et de l'exploitation du prolétariat.

C'est le tinctanctoctoc Terra nova qui ets le plus indigné par cette accusation d'écologie punitive, et avec un angélisme,stupéfiant :

« A rebours de ces caricatures, l’écologie politique ne poursuit pourtant d’autres fins que de rendre le monde plus hospitalier à notre séjour, notre vie plus harmonieuse avec le vivant et de faire que se renouvelle encore longtemps pour les générations futures l’éblouissant spectacle de la nature. La clé-de-bras rhétorique est d’arriver à retourner l’émancipation en continence, et le progrès en chagrin. (hi hi) Finalement, le plus surprenant est sans doute la facilité avec laquelle les pourfendeurs de l’écologie punitive déportent le débat sur le terrain social, en se présentant comme les hérauts des petites gens « qui n’ont pas les moyens d’être vertueux », comme dit Valérie Pécresse. On sait par exemple que 3,5 millions de ménages vivent en situation de précarité énergétique, principalement parmi les 30% de Français les plus pauvres, et que le nombre de foyers ayant des difficultés à payer leurs factures d’énergie a presque doublé entre 2013 et 2020 (la récente flambée des prix dans ce secteur a certainement assombri un peu plus le tableau ces derniers mois). Pour eux, ce n’est pas la rénovation thermique ou le changement de chaudière qui sont punitifs, mais le statu quo.

Ce statu quo, c'est à dire l'état de choses existantes signifie, contrairement aux dires de cet âne de Terra nova, qu'il est normal que la rénovation thermique et le changement de chaudière soient obligatoires... pour sauver la planète ou les industriels et l'Etat bourgeois ? Des études ont été menées sur les inégalités dans la consommation d'énergie où les principaux pollueurs ne sont pas ceux qu'on croit :

« Il ressort de ces études sur la consommation d’énergie qu’il existe des inégalités sociales importantes dans ce domaine, qui ont probablement augmenté au cours des dernières décennies et dont une composante importante est l’énergie contenue dans les produits manufacturés (consommation d’énergie dite « indirecte »). (…) Il ressort que les ménages à hauts revenus et les plus éduqués ont la consommation alimentaire la plus génératrice de CO2. Les auteurs précisent toutefois que le groupe des « privilégiés » et celui des jeunes, dont la consommation est la moins « durable », représentent respectivement moins de 20 % et 10 % de la population, ce qui conduit à se pencher sur les pratiques des classes moyennes et populaires et à encourager la pérennité de leurs traditions culinaires ainsi qu’une plus grande consommation de produits bio. Parmi les PCS, les cadres sont à l’origine de la plus grosse quantité d’émissions de CO2, du fait principalement de leur niveau de consommation élevé15.

Je laisse la conclusion à un camarade du web, Corvaisier :

« L'idéologie écologique remplit un rôle assez similaire à celui des philosophies irrationalistes.

Elle formate le comportement de la population en s'appuyant sur des prescriptions simplistes et évidentes (qui n'éteint pas la lumière en sortant d'une pièce ?) justifiées par une sorte de connexion imaginaire entre l'individu et une totalité (votre acte va sauver la planète) ».

 

 

NOTES

Au lieu de produire des avions de guerre, qu'on produise des canadairs !

RI n° d'août 2022, mais c'est surtout un extraordinaire article de 1976 qui vaut d'être relu : ECOLOGIE, FÉMINISME, RÉGIONALISME... UN FREIN A LA LUTTE DE CLASSE le 2 avril, 1976 https://fr.internationalism.org/content/10177/ecologie-feminisme-regionalisme-frein-a-lutte-classe

Lire aussi un remarquable article de 1990 de CD Ward : Ecologie : c'est le capitalisme qui pollue la Terre, Soumis par Revue Internationale.https://fr.internationalism.org/rinte63/ecologie.htm

« Les luttes de classe sont avant tout des luttes au sein du capitalisme : le prolétariat lutte pour ses conditions d'existence en tant que prolétariat, pour des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, la fixation légale des droits, etc. Dans cette mesure les luttes de classe ne sont pas le signe d'un faiblesse particulière du capital, ou même d'une révolution imminente, mais bien plutôt la forme normale du mouvement que prend la conflictualité entre la bourgeoisie et le prolétariat ». Critique de l'économie politique, p.259, 260.

« Le Livre sacré propose souvent l´espace vert adjoint à l´eau pure comme parabole du lieu idéal. Il suffit de vérifier ses affirmations. Versets par versets, il appelle à prendre conscience que tout l´écosystème est lié. La protection de la nature dans toutes ses dimensions dépend des valeurs morales et éthiques que l´on porte. Le Coran lie l´homme et la nature. L´état de l´un rejaillit sur l´autre. La culture musulmane encourage le développement des espaces verts et l´amour de la patrie repose aussi sur l´attachement à la Terre. Les espaces verts contribuent à la formation de microclimats sains, à l´amélioration des rendements du travail, à la réduction des pollutions et des maladies, au raffermissement des liens sociaux et au renforcement des espaces de convivialité. En somme, ils constituent des points d´ancrage de la qualité de la vie. D´où le célèbre hadith qui stipule que «même un instant avant la fin du monde il faut planter un arbre» ». Le web regorge d'un tel bla-bla modernisé de cette religion qui est une police de la pensée et du mensonge.

https://www.nouvelobs.com/ecologie/20220809.OBS61833/et-si-soutenir-le-pouvoir-d-achat-etait-une-mauvaise-idee.html . Il faut reconnaître que nos chers maximalistes utilisent très peu voire pas du tout cette notion punitive...capitaliste ! C'est El Watan qui alerte : «Près de 230 000 tonnes de déchets plastiques jetées chaque année dans la Méditerranée : L’Égypte, l’Italie, la Turquie et l’Algérie viennent en tête (…) la mer méditerranéenne est entourée de pays aux réalités socio-économiques contrastées et constitue donc un bon modèle pour étudier et ensuite façonner une grande variété de actions liées à la fois aux déchets plastiques et aux microplastiques. Selon ce rapport, une meilleure gestion des déchets dans les 100 villes les plus polluantes pourrait réduire le rejet de plastique dans la Méditerranée de 50 000 tonnes par an ». https://www.elwatan.com/pages-hebdo/magazine/legypte-litalie-la-turquie-et-lalgerie-viennent-en-tete-29-10-2020

Ibid.

https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/le-communisme-l-ecologie-et-les

l'article est très long, mais désolé pour nos maximalistes, abordent vraiment le sujet de fond, l'exploitation et la mystification de la classe ouvrière, avec toutefois les aspects petits bourgeois populistes comme la défense des camionneurs et des petits commerçants. Idem pour leur défense des anciennes colonies (le colonialisme n'est pas éternellement responsable de l'incurie des Etats du tiers-monde. En outre des couches parmi les plus paupérisées du prolétariat ne sont pas vraiment des exemples d'hygiène, sans oublier canailles et racailles.

Ibid.

Ibid.

« non à la bobo-écologie punitive », complètement d'accord !

Ségrégation sociale et écologique : https://www.serge-paugam.fr/docs/TELERAMA_10_17.pdf Date OCT 2017 Comment les riches voient-ils les pauvres?Le sociologue Serge Paugam a mené l'enquête
dans les beaux quartiers de Paris, Sâo Paulo etDelhi. Ses conclusions ont de quoi inquiéter.

https://www.cairn.info/revue-idees-economiques-et-sociales-2011-3-p

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26 juillet 2022

Du CO2 au Nucléaire total. (Gérard Bad)

 

Du CO2 au Nucléaire total.

 

La question de l' approvisionnement énergétique a toujours été au centre des conflits de ce monde, et cette situation ne fait que se tendre avec la raréfaction de cet approvisionnement. Sous le couvert de la lutte contre le Co2, de l' effet de serre et du retournement catastrophique du climat, les écolos reprennent du service.

 Il faut tout de même se souvenir, que la tête de liste des verts de l' époque (1999) Daniel Cohn-Bendit, allait approuver la guerre contre la Serbie, et les bombardement de l' OTAN. De ce fait, les verts portèrent pendant un temps le non évocateur de « vert Kaki » ou « vert de gris »1. Bien entendu nous ne mettons pas tous les écolos dans le même sac, mais nous voulons ici montrer les dérives possible de ce mouvement à face multiple.

 Sarkozy lui-même se déguise en vert lorsqu'il s' agit de placer les centrales nucléaires françaises, « les plus sures et fiables »de la planète, qui ne produisent pas ( argument fallacieux)2 de Co2. Sarkosy n' est pas seulement le représentant de commerce de la France, il vise plus loin. Tout le monde un peu informé sait que lui et l' UMP représentent les entreprises du CAC 40, et parmi elles deux sont directement intéressées par la diffusion du nucléaire dans le monde ( AREVA et Bouygues.)

 Lors d' une réunion de l'OCDE, et devant 65 représentants de pays, Nicolas Sarkosy, à prononcé un discours offensif pour imposer, au non de la « protection de la planète » le nucléaire français. Pour le président de la république,«  L' antériorité de la France ( dans ce domaine) ne nous donne pas de privilège, mais un devoir: celui de partager notre expérience avec tous les pays qui veulent accéder ou relancer le nucléaire. C' est clairement notre volonté ». Pour le gouvernement français, il ne fait aucun doute que le nucléaire entre dans l' ère de sa renaissance, et mieux qu'il doit être le ciment d' une nouvelle solidarité internationale. La solidarité en question, c'est d'acheter français, et Sarkosy ne cache pas les visées hégémonique de la France dans le domaine nucléaire. Dans cette optique , il a demandé à l' AIEA de mettre en place une « grille d' analyse » des réacteurs proposés actuellement, selon leur degrés de sûreté et non plus sur des critères de prix.

 Mais le nucléaire et sa diffusion est ce qu'il y a de pire pour les générations qui viennent, il n'y a qu' à prendre la dernière catastrophe en date en Allemagne.

 « L’ancienne mine de sel d’Asse, dans le Nord de l’Allemagne, qui accueille depuis plus de 40 ans des déchets nucléaires de faible et moyenne activité à vie longue (FAVL et MAVL) est à nouveau au cœur d’un scandale passé sous silence en France. Dès les premiers dépôts, ce « centre de recherche modèle », présenté comme parfaitement étanche, était déjà sujet à des infiltrations d’eau. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 12 m3 d’eau qui pénètrent chaque jour dans la mine ; des affaissements ont déjà eu lieu, les galeries fragilisées menacent de s’effondrer sur les déchets et la saumure dans laquelle baignent les fûts risque à moyen terme de contaminer les nappes phréatiques et les sols d’une région entière. Notons enfin la présence de 28 kg de plutonium (dont 10 microgrammes suffisent à tuer un être humain) au milieu des déchets de faible et moyenne activité… La catastrophe est imminente, plus seulement pour d’hypothétiques générations futures, mais dans les décennies à venir !

Devant cet état de délabrement dénoncé depuis des années par les populations locales, le Ministre de l'environnement et de la Sûreté Nucléaire Norbert Röttgen (CDU, conservateur) préconise comme réponse provisoire de retirer de l’ancienne mine les 126 000 fûts, dont on ignore l’état de corrosion. Dix années au moins seront nécessaires pour cette opération, dont le coût est estimé par les autorités à 3,7 milliards d’euros. Les associations appellent à mettre en œuvre au plus vite cette option, la « moins pire de toutes ». Toutefois, elles soulignent que le problème des déchets n'en sera pas réglé pour autant, et continuent de dénoncer une gestion irresponsable. » Source « Sortir du nucléaire »

Mais voilà on préfère nous parler, d' une météorite qui pourrait percuter la planète, alors que le danger vient d' une volonté politique qui à terme menace le vivant. Aujourd' hui se dire écolos va poser quelques problèmes, la voiture électrique aura besoin de recharger ses batteries, donc la demande en énergie électrique va exploser et favoriser le tout nucléaire3. Il ne faut donc pas s'étonner qu'un rapport piloté par Patrick Ollier, le président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée, remet en question le programme des éoliennes en France. En Grande -Bretagne, c'est la production d' éoliennes fabriquées par Siemens qui s'impose avec la construction prochaine d' une usine de fabrication d' éoliennes qui propulsera le conglomérat industriel comme leader mondial en la matière.

Nous voyons ici, qu'il est inutile de nous parler du biens des générations futures sans une remise en cause définitive du nucléaire. Comme celui-ci prétend devenir la source énergétique principale de l' économie marchande,il est impossible de résoudre les problèmes de l' environnement sans en remettre en cause la détermination centrale, à savoir le mode de production marchand. L 'écologie politique, bien qu'elle se présente comme animée de buts « humanitaires » se retrouve toujours ficelée dans le monde de la marchandise, et se traîne à la remorque des industrie dépolluantes autrefois polluantes. La vieille société marchande en crise fait sa toilette, mais elle a cette particularité d'asservir et d'appauvrir les pôles qui la font vivre et l' enrichissent à savoir la nature et l' homme autrement dit la terre et les prolétaires.

« La grande industrie et la grande agriculture mécanisée agissent de concert. Si à l' origine, la première tend à ravager et à ruiner la force de travail, donc la force naturelle de l' homme tandis que la seconde s' attaque directement à la force naturelle de la terre, elles finissent par se conjuguer dans leur marche en avant: le système industriel à la campagne affaiblit également les travailleurs et, pour leur part, l'industrie et le commerce procurent à l' agriculture les moyens d' épuiser la terre. »

(K. Marx ,Le Capital III,6, Pléiade t.2 p.1424)

G.Bad le 8 avril 2010

NOTES

1-Je ne comprends plus les Verts. Leur non-violence a fait long feu. Des années de débats internes, de travail des commissions, de vote de résolutions appelant à la résolution non-violente des conflits ont été oubliées par manque de courage politique. La non-violence, c'est aussi avoir le courage d' être minoritaire face à l'hystérie collective. Si rentrer dans les institutions et devenir réaliste veut dire s'asseoir sur tous les principes y compris l'éthique écologiste, je préfère rester à la base et à l'écoute de la rue. Comment être écologiste et appeler à corps et à cris des bombardements ou des interventions musclées contre des peuples comme le fait le candidat va-t-en guerre des Verts? Heureusement que la base des Verts ne suit pas toujours, et que les discussions continuent dans les régions.

Ginette SKANDRANI

Texte paru dans Basta ! journal de marche zapatiste N°2 de mai 1999

2-Le nucléaire recèle en effet d’importants coûts énergétiques cachés, et les émissions de CO2 de l’ensemble de la filière sont loin d’être négligeables. Ces coûts énergétiques sont liés à l’exploitation, au raffinage et à l’enrichissement du combustible (l’uranium-235), à la fabrication des assemblages combustibles, à la construction, au fonctionnement et au démantèlement des centrales, au conditionnement et au stockage des déchets… L’énergie nécessaire à ces opérations est en grande partie obtenue à partir de sources d’énergie fossiles.

 

3-L' AIEA, Agence internationale pour l' énergie atomique, vient d' annoncer que 58 pays ont des projets de se doter pour la première fois de réacteurs. L' état d' Israel cherche aussi à acheter une centrale. La Chine, vient elle aussi dans le sillage et prévoit la construction de 28 réacteurs dont 20 sont déjà en chantier.

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20 juin 2022

PMO-Identité numérique : prouve que tu existes

PMOnav

Identité numérique : prouve que tu existes

La Commission européenne prépare son « portefeuille européen d’identité numérique ».

Rome et Bologne adoptent le « crédit social numérique » à la chinoise. La digitalisation de

l’État et son corollaire, l’identification numérique, progressent dans l’indifférence des

Smartiens, à la faveur des phases aigües de la Crise (épidémie, guerre, effondrement

écologique). Il aura fallu moins de vingt ans pour que se réalisent nos pires anticipations

sur la société de contrainte. Pour les nouveaux venus et les nostalgiques, on a ressorti

quelques archives. Te souviens-tu de Libertys ?

 

L’été sera sec. Les nappes sont au plus bas, les températures au plus haut. On s’habitue, c’est

pire chaque année. Comme on s’habitue au traitement technocratique de la catastrophe, celuilà

même que nous avons tâché d’anticiper et de décrire concrètement depuis vingt ans : société

de contrainte1 ; techno-totalitarisme ; tri entre « bons » et « mauvais citoyens » (le nouvel

ennemi2). Aussi ne s’étonne-t-on guère des nouvelles venues d’Italie en ce printemps 2022.

Samedi 7 mai, nos amis de Resistere al Transumanesimo manifestent à Bergame « contre la

transition numérique, la 5G et le crédit social numérique3 ». Ils contestent le lancement d’un

« smart citizen wallet » à Bologne, après une phase de test à Rome. Selon les autorités locales,

cette appli est un « portefeuille du citoyen vertueux » (sic) destiné à améliorer la mobilité dans

la ville-machine, à informer en temps réel les usagers (et le pilotage central) des transports, des

services publics, des commerces, des infrastructures de loisirs, à favoriser les comportements

fluidifiant la gestion des stocks et des flux d’humains et de marchandises. Bref, le programme

de smart planet - de filet électronique - qu’IBM promeut depuis 2008 :

Cela veut dire que les infrastructures numériques et physiques du monde entier sont

en train de converger. Nous mettons la puissance informatique au service de choses

que nous n'aurions jamais reconnues auparavant comme étant des ordinateurs. En

réalité, presque tout – qu'il s'agisse d'une personne, d'un objet, d'un processus ou d'un

service, pour une organisation, publique ou privée, grande ou petite – peut devenir

sensible à la réalité numérique et faire partie d'un réseau4.

N’ayant jamais demandé à « devenir sensible à la réalité numérique » ni à « faire partie d’un

réseau », nous y sommes contraints par la technocratie. Pour le pouvoir et ses ingénieurs, un

cheptel humain connecté à la Machinerie centrale - pris dans ses filets électroniques - est plus

simple à contrôler, surveiller, contraindre : à piloter.

 _________________________________________

1 Cf. Pièces et main d’oeuvre, Terreur et possession. La police des populations à l’ère technologique, L’Échappée,

2008 et L’industrie de la contrainte, L’Échappée, 2011.

2 Cf. Pièces et main d’oeuvre, A la recherche du nouvel ennemi. 2001-2025 : rudiments d’histoire contemporaine,

L’Échappée, 2009.

3 https://www.resistenzealnanomondo.org/

4 Sam Palmisano, ex-patron d’IBM, 12/11/2008, cité in L’industrie de la contrainte, op. cit.

 

Administration automatisée des comportements

Les Bolognais sont invités à télécharger l’application afin que celle-ci enregistre leurs

habitudes : usage des transports en commun, consommation d’énergie, tri des déchets,

fréquence des amendes à payer, etc. Combien de temps faudra-t-il avant qu’ils n’y soient

contraints ? Le système attribue aux « bons comportements » des points qui donnent droit à des

ristournes dans les transports ou les activités culturelles. Comme des récompenses à des rats de

laboratoire. Ce que nos amis bergamasques nomment une « administration automatisée des

comportements ». Et nous, l’incarcération des hommes-machines (Smartiens) dans le mondemachine

(smart city).

Telle est la contrainte électronique : façonner les comportements individuels et collectifs selon

les besoins de la Machine et l’état des ressources, par le pilotage des réseaux cybernétiques.

Sans doute bien des lecteurs ont pensé que nous exagérions, il y a vingt ans. Ceux qui nous

disaient « on n’en est pas là », n’ont peut-être pas fait le lien avec le passe vaccinal de 2021 et

son QR code distinguant entre les bons et les mauvais citoyens. Son adoption sans émotion par

la majorité de la population a préparé les cervelles à son extension. Dans un état d’urgence

permanent, les outils testés durant la crise ont vocation à s’installer. Déjà, les touristes de

Marseille téléchargent leur QR code en prévision d’une sortie à la calanque de Sugiton cet été5.

Les technocrates italiens s’inspirent de la Chine, qui déploie depuis 2014 son « Schéma

directeur pour la construction d’un système de crédit social ». Nul n’ignore plus que les

Machinois sont désormais notés en temps réel grâce à la traçabilité électronique de leurs actes :

géolocalisation, reconnaissance faciale, big data. Les bons élèves gagnent des réductions,

comme à Bologne. Les non vertueux (mauvais payeurs, réfractaires au confinement ou au

masque, cracheurs dans la rue, traverseurs au feu rouge, critiques du régime, etc), inscrits sur

une liste noire, sont privés du droit au voyage, au crédit, à certains métiers, logements et loisirs6.

Leur photo s’affiche sur des écrans géants, les désignant coupables de la mise en place de

nouvelles mesures de restriction. Cette même stratégie du bouc émissaire employée pour les

réfractaires au passe vaccinal, accusés d’empêcher « le retour à la normale ».

L’Italie subit l’influence chinoise depuis les investissements dans ses sociétés publiques et

privées (notamment dans l’énergie) qui ont suivi la crise de 2008. Les pneus Pirelli, parmi

d’autres, appartiennent à une société d’État chinoise7. La péninsule a signé dès 2019 un

protocole d’accord sur les « nouvelles routes de la soie » et Pékin lui a envoyé son aide durant

la pandémie à grand renfort de propagande. Avec le « smart citizen wallet », Rome et Bologne

se mettent un peu plus en ordre chinois.

Mais pas de sinophobie. Plus près de nous, un pays est fort avancé en matière de machinisation

de ses citoyens, avec une application lancée en 2020, réunissant documents d’identité, carnet

de vaccination, assurances, prestations sociales, et l’accès numérique à de nombreux services

publics. Celle-ci s’ouvre au « crédit social » durant la pandémie de Covid, avec un programme

« argent contre vaccin » : deux injections = 30 €. Ou plutôt, 1000 hryvnia, puisque nous sommes

en Ukraine8.

_____________________________________________

5 Cf. Le Platane, « Les calanques, c’est fini », 23/04/22,

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1671

6 Le système se décline selon les régions et les localités, et varie de l’une à l’autre, mais le principe est le même.

7 Cf. P. Le Corre, « L’Italie, pays-cible de la propagande chinoise à l’heure du Covid-19 », Fondation pour la

recherche stratégique, 6 avril 2020.

8 https://www.president.gov.ua/en/news/povnistyu-shepleni-vid-covid-19-ukrayinci-nezabarom-zmozhut-71569

Comme le virus, la guerre accélère la gestion numérique de l’ordre public. L’appli (nommée

Diia) s’enrichit d’une fonctionnalité « E-enemy » qui permet à chaque citoyen de renseigner

l’armée sur l’avancée et les exactions des troupes russes. Pratique. Dans le même élan, le

ministère ukrainien de la Défense utilise le logiciel de reconnaissance faciale de Clearview AI,

boîte américaine financée par le transhumaniste américain Peter Thiel, pour l’identification des

réfugiés, des morts, de soldats russes9. Clearview AI collecte des photos sur tous les réseaux

pour alimenter sa gigantesque base de données et ainsi « identifier tout le monde ». Les

charognards n’ont pas raté l’occasion d’une bonne guerre pour étendre leurs filets numériques.

Les Russes font probablement pareil. – La reconnaissance faciale c’est comme tout, hein, tout

dépend des usages.

Voilà pourquoi les phases aigües de la Crise permanente sont si utiles aux technocrates. On se

souvient du rapport sur « les crises sanitaires et les outils numériques » que la délégation à la

prospective du Sénat français a publié en juin 2021, et de ses propositions innovantes :

Plus la menace sera grande, plus les sociétés seront prêtes à accepter des technologies

intrusives, et des restrictions plus fortes à leurs libertés individuelles – et c’est logique.

[…] Dans les situations de crise les plus extrêmes, les outils numériques pourraient

permettre d’exercer un contrôle effectif, exhaustif et en temps réel du respect des

restrictions par la population, assorti le cas échéant de sanctions dissuasives, et fondé

sur une exploitation des données personnelles encore plus dérogatoire. […] Reste

encore à franchir le pas décisif, celui d’une identité numérique universelle et

obligatoire […]10.

On y travaille. Le modèle des sénateurs, c’est l’Estonie, « au premier rang européen pour la eadministration

». Un rêve d’ingénieur : 96 % des démarches administratives s’y effectuent en

ligne (voter, porter plainte, consulter ses bulletins scolaires ou son dossier médical, déclarer une

naissance ou un décès, etc) via un identifiant unique. La majorité de la population dispose de

papiers d’identité numériques. Le système est vertueux puisque chacun peut savoir qui ou quelle

administration a consulté quelles données sur son « espace personnel ». Les sénateurs ravis en

troqueraient leur mandat contre un smartphone :

Les services publics sont dès l’origine conçus comme des « applications », disponibles

sur une plateforme, à l’instar d’un App Store ou d’un Google Play, où chaque usager

dispose d’un identifiant unique11.

L’État plateforme, la « Machine à gouverner » cybernétique

Revoilà le concept « d’État plateforme », qui n’est pas de nos technocrates hexagons, mais de

l’entrepreneur américain Tim O’Reilly, auteur en 2011 d’un article titré « Government as a

platform12 ». Idée colportée entre autres par les accélérationnistes Michael Hardt et Antonio

Negri qui voient dans ce « connexionnisme » institutionnel une chance pour leur projet de

« multitude13 » décentralisée, déterritorialisée, « rhizomique ».

__________________________________________________

9 https://www.reuters.com/technology/exclusive-ukraine-has-started-using-clearview-ais-facial-recognitionduring-

war-2022-03-13/

10 Cf. « Contrainte numérique : des sénateurs lâchent le morceau », 21/07/21, et le rapport d’information du

Sénat, juin 2021, sur https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1525

11 Idem.

12 https://direct.mit.edu/itgg/article/6/1/13/9649/Government-as-a-Platform

13 M. Hardt, A. Negri, Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, La Découverte, 2004

4

En bref : l’État doit s’inspirer des Gafam, exploiter le big data et jouer l’intermédiaire entre

demande et offre, pour proposer des services publics innovants, coopératifs, inclusifs

naturellement, quasi autogérés – en fait, automatisés.

L’idée circule, des multinationales aux cabinets de consulting et à l’Union européenne. Oubliez

l’hôpital public et ses équipes médicales au chevet des patients, place aux algorithmes du Health

Data Hub. Cette plateforme française comme son nom l’indique, collecte en masse toutes les

données de santé numérisées (d’où l’Espace numérique de Santé14) pour gaver ses

« intelligences » artificielles et automatiser les soins.

Idem pour l’administration, réduite à des services en ligne et à « FranceConnect », l’application

d’authentification des usagers internautes. Si vous avez fait une carte grise ou déclaré vos

impôts récemment, vous voyez de quoi on parle. Nul humain pour vous renseigner, vous

conseiller, vous engueuler, vous plaisanter. Entrez votre identifiant. Ça ne va pas s’arranger

avec « FranceConnect+ », qui s’élargit aux services bancaires ou au dossier médical partagé.

Les procédures ne sont pas plus simples – génie administratif français oblige – elles sont plus

compliquées et déshumanisées.

« L’État plateforme » est le poste de pilotage centralisé de la smart city. La

« dématérialisation » ayant supprimé les corps des citoyens et des agents publics, la citoyenneté

s’évapore en usages, en fait en consommation de services. Et la confrontation directe – sans

parler du rapport de forces – se dissout en procédures virtuelles. Tapez 1. Le résultat est cette

déréalisation des rapports sociaux et humains que beaucoup constatent avec plus ou moins de

dépit. Telle est la « Machine à gouverner15 » annoncée dans l’enthousiasme des débuts de la

cybernétique, en 1948, par le chroniqueur scientifique du Monde, Dominique Dubarle.

Le retour de Libertys

On cause, on cause, et les technocrates agissent. La Commission européenne prépare son

« portefeuille européen d’identité numérique ». Celui-ci permettra d’utiliser les services

publics, d’ouvrir un compte bancaire, de remplir ses déclarations fiscales, de s’inscrire dans une

université, d’enregistrer ses prescriptions médicales, de prouver son âge, de louer une voiture

avec un permis de conduire numérique, de s’enregistrer à l’arrivée dans un hôtel, etc16.

Comment feront ceux qui n’ont pas de smartphone ? Ce n’est pas précisé dans l’appel à projet.

Mais leur exclusion de toute vie sociale et citoyenne semble la solution rationnelle.

Le projet européen est calqué sur la solution de Thalès nommée « Digital ID wallet17 »

(« portefeuille d’identité numérique »). Thalès, groupe né en 2000 du rapprochement des

activités de défense de Thomson-CSF, d’Alcatel et de Dassault Électronique, promeut depuis

deux décennies « l’identité numérique » appuyée sur ses outils biométriques. Son site se réjouit

que la pandémie de Covid offre « une opportunité de changement systémique » - comprenez :

l’accélération de la machination générale. Comme l’ex-patron d’IBM, Thalès milite pour

« Rapprocher l’univers numérique et le monde physique18 ». L’interface entre les deux, qui

vous connecte à vos papiers numériques, à votre compte en banque, à vos « espaces

__________________________________________________

14 Cf. Pièces et main d’oeuvre, « Dites non ! Espace numérique de santé : comment refuser le pillage automatisé

de vos données », 12/01/22

15 A lire sur https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=439

16 https://ec.europa.eu/info/strategy/priorities-2019-2024/europe-fit-digital-age/european-digital-identity_fr

17 https://www.thalesgroup.com/fr/europe/france/dis/gouvernement/identite/digital-id-wallet

18 Idem.

 

personnels » d’administration en ligne et au reste, ce sont vos données biométriques

(reconnaissance faciale, empreintes digitales) enregistrées dans votre smartphone. Admirez le

saut qualitatif : plus besoin de vous soumettre à une humiliante caméra « intelligente » ou à une

borne d’identification, c’est vous-mêmes qui procédez au relevé biométrique.

Le « portefeuille d’identité numérique » n’est pas une nouveauté. Dès juin 2005, l’Isère était

désignée « département pilote de la future carte d’identité unique d’identité et de services »

nommée Libertys. D’après Le Monde de l’époque :

Libertys contient, numérisés et encryptés sur sa puce, des identifiants biologiques de

son titulaire : empreintes digitales, iris de l'oeil et image faciale. Elle « remplacera

avantageusement tous les documents actuels » : pièce d'identité, permis de conduire,

carte grise, carte d'électeur, carte Vitale, carte de transport, etc19.

Le visionnaire André Vallini, alors président PS du Conseil général de l’Isère, expliquait dans

le prospectus « Libertys, votre nouvelle carte de vie » distribué dans les boîtes aux lettres des

Grenopolitains :

La carte Libertys s’inscrit pleinement dans le développement de l’administration

électronique, pour améliorer l’efficacité des services publics et simplifier la vie des

usagers20.

Grenopolis a toujours un temps d’avance. Ou plutôt, son techno-gratin – ingénieurs, industriels,

élus, associés dans la course à l’innovation. En 2005, « Grenoble-Isère » est labellisée « pôle

de compétitivité des technologies du numérique » sous le nom de Minalogic (Micro-Nano-

Logiciel).

Parmi les boîtes et labos membres de ce pôle financé par l’État figurent Thalès et Atmel, experts

en biométrie et en identification électronique. Lesquels, remarquons-nous dans le n°10 de notre

lettre Aujourd’hui le nanomonde21 (novembre 2005), sont également adhérents du Gixel, le

lobby de l’industrie électronique et numérique.

Te souviens-tu, lecteur, du Gixel et de son Livre bleu de 2004 sur l’avenir de la filière ? Pour le

plaisir, et pour les moins de 20 ans, rappelons l’extrait le plus fameux du document :

La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une

atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les

technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les

contrôles.

Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les

industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un

effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de

fonctionnalités attrayantes :

Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer

dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants

s’identifieront pour aller chercher les enfants.

Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone

portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo.

Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les

_________________________________________________

19 « Libertys : "Aucun problème si l’on n’a rien à se reprocher" », Le Monde, 10/06/2005

20 https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=14

21 https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=10

 

transports, pour l’accès Internet…

La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de

surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la

réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des

populations et en minimisant la gêne occasionnée. Là encore, l’électronique et

l’informatique peuvent contribuer largement à cette tâche22.

Les archives sont précieuses. A l’époque, on s’était surtout indignés de l’éducation « dès la

maternelle » aux technologies biométriques. Deux décennies plus tard, on mesure l’efficacité

des technocrates. Ils ont rendu acceptables ces « atteintes aux libertés individuelles » par les

« biens de consommation et de confort » et « l’électronique » - en fait, le smartphone. La

reconnaissance faciale après tout, c’est juste un selfie, que le Smartien lambda prend sans même

y penser. La méfiance à l’égard du flicage biométrique est un souvenir fané.

***

La presse révéla que Libertys était « un canular ». Nous corrigions de notre côté : « une

anticipation, plutôt23 ». Une sacrée bonne anticipation. A l’époque, l’affaire avait provoqué de

vifs débats sur les « forums » Internet (c’était avant les réseaux sociaux, la Préhistoire).

Il y a de quoi être troublés, 17 ans plus tard, quand les « portefeuilles d’identité numérique » se

déploient partout sans opposition. Nos amis de Bergame sont bien courageux de haranguer les

passants indifférents le nez sur l’écran.

La semaine dernière, nous étions dans un lycée savoyard pour une causerie-débat avec des

élèves de Terminale. Nous discutons de l’emprise des technologies sur nos vies, de leur part à

la destruction des liens humains et de la nature, et de la dépendance des Smartiens au règne

machinal. Une lycéenne nous interpelle : « C’est de la nostalgie, de penser que c’était mieux

avant, quand on était jeunes ». Il y a peut-être du vrai dans ce cliché. Mais l’essentiel est

ailleurs : quand on est né l’année de Libertys, dans la Machine programmée par Thalès, le Gixel

et leurs semblables, on ne sait comment vivre sans smartphone ni connexion. Ce savoir s’est

perdu. On ne souffre pas d’être dépendant du règne machinal et de troquer son autonomie contre

l’assistance numérique. On ne voit pas pourquoi s’inquiéter, ni ce qu’il faudrait regretter. Ce

qu’on ignore ne fait pas mal.

Il revient aux vieux et aux nostalgiques de préserver la mémoire de ce qui faisait des vies libres

et humaines. Pour aujourd’hui, disons-le ainsi : la prise en charge machinique, ce totalitarisme

confortable, n’attaque pas seulement la liberté civile ou politique, ainsi que le dénoncent les

quelques opposants à « la société de contrôle » ou à la « surveillance généralisée ». Elle détruit

une autre liberté, intime, fondamentale : celle de se sentir responsable de soi-même et

d’éprouver ainsi le sentiment d’exister.

Pièces et main d’oeuvre

Grenopolis, 14 mai 2022

_____________________________________________

22 Cf. « Carte d’identité électronique : ce n’est pas du canular », 8/06/2055, sur

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=27

Après nos critiques et sa nomination aux « Big Brother Awards », le Gixel a supprimé le document de son site. Il

est toujours consultable ici : https://bigbrotherawards.eu.org/IMG/pdf/Livre_bleu.pdf

23 https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=14

 

 

 

 

 

https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1685

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26 avril 2022

Pommes de terre contre gratte-ciel À propos d’écologie

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Pommes de terre contre gratte-ciel 
À propos d’écologie 
Épisode 06 : La fin du monde n’aura pas lieu
« L’apocalypse dont on vous parle n’est pas la vraie. »
Armand Robin, Poèmes indésirables, 1943-1944
Le catastrophisme a le vent en poupe, teinté parfois de marxisme comme on l’a vu au
chapitre précédent : un monde en voie d’effondrement nous emporte avec lui, il est urgent
d’agir... ou peut-être pas, s’il est déjà trop tard. Mais de quel effondrement s'agit-il ?
1 / EFFONDRÉ
L’effondrement est une image frappante : quelque chose ou quelqu’un s’écroule. Mais le
dépérissement ou la disparition des sociétés est moins un choc ou un éclatement qu’un
déclin généralement accompagné d’une transformation sur une longue durée, souvent
plusieurs siècles, et il est rare que la décomposition se soit pas aussi recomposition.
« Ce n’est pas parce que les « ressources » se raréfient et que (presque) toutes les
activités vont se relocaliser radicalement, que les structures organisatrices actuelles de
nos sociétés vont disparaître, que le productivisme va s’arrêter. Il y a à ce propos un
défaut important dans la présentation du « pic » (qui est plutôt un plateau) de
production des énergies fossiles. Il est sous-entendu, et parfois présenté de manière
explicite, que la raréfaction de ces énergies provoquerait l’effondrement du capitalisme.
La raréfaction ne provoque pas la fin de rapports de production (au contraire). Le
productivisme ira jusqu’au bout, jusqu’à la dernière goutte, si on le laisse faire. Il n’y
[aura] pas de fin du capitalisme mécanique [...], il y aura « juste » une réallocation des «
ressources » disponibles [...] et une intensité accrue dans les rapports d’exploitation et
dans l’extraction de matière. [...] L’électricité ne va pas disparaître, les coupures se feront
sporadiquement. Internet ne s’effondrera pas du jour au lendemain, une partie de la
population s’en verra déconnectée avec des accès de plus en plus impayables. » (Jérémie
Cravatte)
L’industrie nucléaire trouvera quelque pays pauvre pour servir de dépotoir à ses déchets
toxiques. Les 3.800 morts de Bhopal en 1984 n’ont pas mis fin à l’industrie chimique
indienne ni à Union Carbide. Des espèces peuvent disparaître et la mer d’Aral s’assécher
sans que cessent de tourner la Terre ni le capital, qui n’a pas épuisé ses capacités
régénératrices. Il semble que, comme l’écrivait il y a quarante ans Pierre Souyri
« l’existence du capitalisme n’a d’autres limites que l’accomplissement des révolutions. »
Pour le moment, les forces réformatrices de type Green New Deal restent très minoritaires,
mais les classes dominantes ne manquent pas de moyens pour pallier les effets du
réchauffement, par les méthodes les plus « barbares » s’il le faut. Le XXe siècle nous a
réservé des surprises, nazisme et stalinisme étant seulement les plus remarquées.
D’ailleurs, catastrophe pour qui ? Le 1 % privilégié s’en sortira : enclaves résidentielles
« sécurisées » avec ses propres services publics (police privée incluse), ses générateurs de
secours, ses portes anti-inondations... Le climat n’est pas « le grand égalisateur ». De plus,
il faut se rendre compte que les prédictions des collapsologues n'ont un aspect
catastrophique, apocalyptique, que pour les habitants des régions les plus « modernes »
d'un point de vue capitaliste : plus de quatre humains sur cinq subissent déjà
fréquemment une « sobriété » forcée et peu heureuse... En cas d'« effondrement » ou de
changement climatique majeur, le plus probable est une forte dégradation des conditions
de vie de la plus grande partie des populations, sans anéantissement de l’espèce humaine.
2 / PENSER PAR SYSTÈME
La collapsologie se veut nouvelle science interdisciplinaire, synthèse de toutes les autres,
humaines, naturelles, de la vie... une pensée authentiquement systémique.
C’est sans doute Joseph Tainter, par sa démarche systématiquement systémique, qui en
illustre le mieux les limites, dans son livre pionnier, L'Effondrement des sociétés
complexes, publié en 1988, traduit en français en 2013 grâce à la mode effondrementiste.
De l’étude des Romains, des Mayas et des Chacoans (de culture anasazi, au nord-ouest du
Nouveau Mexique actuel), il conclut qu’une société risque le déséquilibre lorsqu’une de ses
composantes fondamentales se développe excessivement au détriment des autres. Mais en
fait, pour lui, la cause première de déséquilibre serait une baisse de la productivité,
entraînant une production alimentaire insuffisante, donc une rupture de l’unité sociale,
d’où perte de dynamisme, désagrégation, invasion...
Au fond, Tainter assimile la société à une machine assurant une fonction, mais qui serait
condamnée à se détraquer. Avec un vocabulaire nouveau, cette « pensée complexe »
renoue avec l’opposition ancienne entre ressources et besoins, entre production et
consommation, thèse exposée il y a deux siècles par Ricardo (les rendements décroissants
de la terre et du capital) ou Malthus (la surpopulation excédant la production). En termes
savants et avec profusion de chiffres, Tainter nous fait savoir que la complexité sociopolitique
permet tout d'abord de régler les problèmes de la société mais, qu’avec le temps,
elle a tendance à s'accroître, à devenir de plus en plus coûteuse et de moins en moins
efficace : les grands systèmes comme l'empire romain perdant peu à peu l’énergie
nécessaire à leur perpétuation, l’écroulement devient inévitable, suivi ou non d’une
refondation.
Appliquant ce modèle au monde contemporain, Tainter établissait en 1988 un diagnostic
pessimiste sans envisager de cure, car cette fois, pensait-il, le rendement négatif (à tous
points de vue) ne peut être rattrapé, d’autant qu’à la différence de la Rome antique nous
vivons dans une société mondiale, donc l’effondrement sera général, et l’auteur n’avait
guère d’espoir en une « décroissance économique » :
« A l’heure où j’écris ce livre [1988], il est difficile de savoir si le monde industriel a déjà
atteint le point où le rendement marginal de son modèle d’investissement a commencé à
décliner. L’histoire récente montre que nous avons atteint des rendements décroissants
pour notre dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles et pour quelques matières
premières. [...] Nous ne disposons pas de l’option de retourner à un niveau économique
plus faible, du moins pas en tant qu’option rationnelle. La concurrence entre régimes
complexes conduit à plus de complexité et de consommation de ressources, peu importe
les coûts, humains ou écologiques. L’effondrement, si et quand il arrivera à nouveau, sera
cette fois mondial. »
L’histoire nous est ici expliquée par la disproportion entre besoin et disponibilité, la
création de richesses étant rendue impossible par ses propres conditions de production :
plus on investit, moins on a de croissance. Comme Rome autrefois, mais avec la puissance
destructrice de l’industrie et de l’énergie fossile. La pensée systémique de Tainter réécrit
l’évidence bourgeoise de tous les temps et tous les gouvernements : « On ne peut pas
dépenser plus d’argent que l’on en a », sauf qu’« argent » est remplacé par « ressources
naturelles » (gérer en « bon père de famille », ironisait Bordiga en 1954).
Pouvons-nous échapper à ce que Tainter présente comme ce qui a tous les traits d’une « loi
historique » fatale ? Non, car le systémiste est souvent un pessimiste : une fois encore, le
« système » a été le plus fort, resterait à y vivre le moins mal possible, en essayant de nous
adapter à ce que nous avons fait mais sommes incapables de défaire.
3 / PHYSIQUE SOCIALE
Le plus grave chez les collapsologues, ce ne sont pas les erreurs de prospective qui leur sont
souvent reprochées : en plus d’un domaine, leurs prévisions ont malheureusement des
chances d’être confirmées. Le problème est dans la démarche.
Le XIXe siècle avait inventé une physique sociale, qui étudierait les organisations humaines
et les relations sociales et établiraient des lois de l’histoire avec la même objectivité que
l’astronome étudiant les astres ou le biologiste les insectes. En particulier, Saint-Simon
(1760-1825) proposait sa physiologie sociale, partie d’une physiologie générale étudiant le
fonctionnement des collectivités. Mais c’est Auguste Comte qui appelle sociologie la
physique sociale définie ainsi :
« la science qui a pour objet propre l'étude des phénomènes sociaux, considérés dans le
même esprit que les phénomènes astronomiques, physiques, chimiques et physiologiques,
c'est-à-dire assujettis à des lois naturelles invariables, dont la découverte est le but
spécial de ses recherches. »(Opuscules de philosophie sociale, 1819-1826)
Auguste Comte prophétisait une ère nouvelle de progrès historique apporté par la science.
Les collapsologues du XXIe siècle, qui croient la catastrophe imminente, cherchent eux
aussi les « lois naturelles » des « phénomènes sociaux » et leur méthode est proche d’une
physique sociale.
La collapsologie regarde le monde comme un véhicule dont elle démonte le moteur (l’ère
de l’automation et du numérique obligeant à l’emploi de modèles mathématiques raffinés
inconnus d’Auguste Comte). Ses analyses ont un certain mérite, notamment de réunir une
grande variété de données, mais le défaut rédhibitoire de glisser constamment des sciences
naturelles aux sciences sociales, mêlant indices boursiers, degrés de température, prix de
l’essence et taux d’extinction comme s’ils se déterminaient les uns les autres.
Or, le capitalisme ne s’est pas formé, ni ne fonctionne comme une machine. On n’est pas
passé au charbon, puis au pétrole, ensuite au nucléaire selon les critères d’un meilleur
rendement énergétique. Les ingénieurs sont au service des bourgeois. Les calculs de
productivité appliqués à l’énergie (le « mur thermodynamique ») expliquent très peu les
flux et reflux de capitaux.
Croyant prendre en compte autant l’humain que le naturel, le catastrophisme amalgame
les deux et naturalise les rapports sociaux. On ne peut parler sérieusement de « la « vie »
d’une société, si l’on oublie qu’il s'agit d'une image, et qu’une société ne naît, n’évolue, ni
ne meurt comme une rose ou un chat.
À tout mêler ainsi, on confond l’irréversible et le réversible. Comme le remarque J.
Cravatte, il y a « des changements irréversibles – qu’on ne peut, en effet, que tenter de
limiter et préparer (comme la destruction de la biodiversité et l’emballement
climatique) » et « des changements totalement réversibles (comme la montée des
fascismes, le transhumanisme ou la financiarisation du monde). »
4 / RÉSILIENCE
Les collapsologues pronostiquent un bouleversement inéluctable, et tout ce que nous y
pourrions faire aujourd’hui, c’est nous préparer à ce qui nous attend demain : la mort, la
barbarie, ou, à condition de le vouloir et d’en être capable, une vie obligatoirement
raisonnable, à taille humaine. Et ils ne manquent pas d'idées et de programmes à mettre
en oeuvre en attendant : petite production, petit commerce, petite consommation,
coopérative, vie locale, c’est-à-dire un retour – forcé mais bénéfique pour nous comme
pour la nature – à un âge préindustriel, quoique certainement encore un peu « connecté ».
Pas de voiture, mais des ordinateurs. Julien Wosnitza, collapsologue, 24 ans préconise de
« [...] faire dans le zéro déchet et le recyclage local, [...] essayer de faire le moins de mal
possible à la vie et aux animaux autour de soi, de préserver l’échelon du local, [...]
cultiver ses légumes, [...] préparer une communauté de compétences diverses,
indépendantes, interdépendantes, et résilientes. Et surtout, surtout, on n’oublie pas de
s’aimer. »(Pourquoi tout va s’effondrer, Les Liens qui libèrent, 2018)
Et, pour le moment, organiser une société parallèle (mais non antagonique à la société
dominante), faite d’éco-villages et d’« ateliers de travail qui relie », membres d’« un
immense corps vivant dont nous faisons partie » situé « déjà dans le monde d’après ».
Julien n’est pas le seul à nous inviter à la « résilience ». Mot à la mode depuis quelques
années, qui donne l’impression de faire du neuf, et dont on oublie l’origine : employé en
physique, il est devenu d’usage courant en psychologie et en psychiatrie, qui l’utilisent
pour des personnes ayant subi un grave traumatisme : déportés survivants, enfants de la
rue, orphelins, grands malades... : des catégories victimes, vulnérables, hors d’état d’agir
sur la cause du traumatisme puisqu’il a déjà eu lieu, seulement sur ses effets, et ayant
besoin de spécialistes pour le surmonter. Cette notion n’a donc rien de neutre quand elle
est appliquée à des individus, des groupes ou des populations, ainsi vouées à un rôle passif.
Dès maintenant, de petites communautés « résilientes » habitueraient à mieux supporter
ce que nous serions incapables d’empêcher.
Avant, on nous sommait d’obéir à une tradition garantie par un passé millénaire.
Maintenant, c’est à un avenir déjà présent que nous devrions nous soumettre.
Avant, on moquait l’irréalisme consistant à croire possible la révolution et donc à rejeter la
réforme. Maintenant, on décrit le monde comme inréformable. Comparée aux partis
politiques (Verts compris) qui s’affirment capables d’éviter une catastrophe, l’ambition
collapsologique est mince : nous accommoder à l’inévitable, du moins pour ceux qui
survivront.
5 / APOCALYPSE HEUREUSE
Tout autant que nouvelle transdiscipline scientifique, la collapsologie se veut démarche
« spirituelle ». New Age de la mort d’un monde, religion sans dieu, elle n’annonce rien
moins qu’une apocalypse. Dans son sens grec, il s’agit d’une révélation. L’Apocalypse de
Jean dit une fin des temps : « Il y eut de la grêle et du feu mêlés de sang, qui furent jetés
sur la terre, et le tiers de la terre brûla, le tiers des arbres brûlèrent, toute l’herbe verte
brûla. » (chapitre 8, § 7). Mais cet achèvement inaugure un autre monde : « Alors j’ai vu
un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient
allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui
descendait du ciel [...] » (chapitre 21, § 1 et 2)
Dans le texte attribué à « l’apôtre Jean », la mort du monde valait résurrection. Les
collapsologues seraient plutôt dans la ligne des prophètes d’Israël promettant des
malheurs au peuple juif s'il désobéissait.
Qu’elle s’inscrive dans la filiation de l’Ancien ou du Nouveau Testament, la collapsologie
tient d’une vision religieuse : pour s’être abandonnée à l’hypertrophie technologique aux
dépens de la nature, l’espèce humaine doit expier son péché. Si l’hubris désigne une
conduite humaine considérée par les dieux comme démesure, l’humanité mérite d’être
punie pour n’avoir pas su faire preuve de modération.
Faute originelle d’un homme victime consentante de son extravagance (vouloir tout
connaître et croire pouvoir tout faire), chute, départ du jardin d’Eden (qu’il s’agit de
retrouver, la décomposition de la civilisation industrielle forçant à une vie simple proche
de la nature), fin du monde, rédemption, régénération par la catastrophe (salutaire, donc),
création de communautés « de l’attente » avant le jour du Jugement pour des fautes
écologiques qui sont en réalité des fautes d’orgueil... on est en plein dans le Do It Yourself
religieux typique de notre temps.
6 / (SE) FAIRE PEUR
Un livre récent décrit La Terre inhabitable, où il nous faudrait très bientôt « vivre avec
4°C de plus ». Trop sombre et exagérément pessimiste pour les uns, réaliste et salutaire
pour d’autres, en tout cas c’est un best-seller. David Wallace-Wells revendique son
alarmisme : mieux vaut trop faire peur au public que pas assez. Bonne conseillère, la peur
permettrait de poser une urgence devant laquelle tout devient secondaire.
Or, le spectacle de la crise et les scénarios catastrophiques renforcent l'impression
d'impuissance. Ce que nous regardons se déroule hors de nous, frappe et échappe ; nous en
sommes victimes, et les victimes subissent, se résignent ou réclament un protecteur. Plus
on parle « du climat », moins on agit, sauf pour exiger que ceux qui ont le pouvoir agissent.
Face à l'inéluctable, nous continuons à nous en remettre à d’autres, et nous nous
confirmons dans l’incapacité à agir sur nos vies. La peur est une grande inhibitrice.
D’ailleurs, si le critère est la capacité de l’humanité de s’autodétruire, l’espèce humaine
n’aurait dû cesser de trembler depuis le 16 juillet 1945, date de la première destruction
atomique. Gunther Anders tirait un trait entre Auschwitz, Hiroshima et une modernité
industrielle mortifère, pour lui manifestations d’une « obsolescence de l’homme » en voie
d’avènement, voire déjà advenue.
Esthétiquement, la croyance en une fin du monde est source d’émotion, comme celle que
l'on peut éprouver au château d'Angers en contemplant la Tenture de l’Apocalypse réalisée
à la fin du XIVe siècle. Politiquement, le millénarisme de Thomas Münzer et de la Guerre
des Paysans tentait de bouleverser l’ordre social pour accomplir ici-bas un paradis
terrestre. Les apocalyptiques du XXIe siècle n’ambitionnent que de nous éviter un enfer.
G.D., mars 2021
LECTURES
Joseph Tainter, L’Effondrement des sociétés complexes, Ed. Le Retour aux sources, 2013.
Human Resource Use: Timing and Implications for Sustainability, 2009.
Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer, Seuil, 2015.
Très bonne critique de la collapsologie : Jérémie Cravatte, L’Effondrement, parlons-en...
Les limites de la collapsologie. Bibliographie, glossaire détaillé. (disponible sur
barricade.be).
David Wallace-Wells, La Terre inhabitable. Vivre avec 4°C de plus, Robert Laffont, 2019.
Sur la religion en notre temps : Le présent d’une illusion, 2006 :
https://troploin.fr/node/39
Collectif, Apocalypse : La Tenture de Louis d’Anjou, Editions du Patrimoine, 2015.
Apocalypse
Sur le millénarisme : Guy Debord, La Société du Spectacle, 1967, thèse 138.
Et Yves Delhoysie & Georges Lapierre, L’Incendie millénariste, Os Cangacieros, 1987.
Article initialement publié sur le blog ddt21.noblogs.org

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23 février 2022

Bruxelles repeint le nucléaire et le gaz en vert

 

Bruxelles repeint le nucléaire et le gaz en vert

Par Antoine de Ravignan Poussée par la France, la décision européenne d’inclure le nucléaire et le gaz dans la classification des investissements bons pour la transition, si elle était confirmée, donnerait un très mauvais signal. [Lire….]

* La Une

Allemagne. Les trois «chanceliers» du gouvernement Scholz

Par Michael Jäger La tâche principale du nouveau gouvernement fédéral est la transformation écologique: c’est ce qu’a dû affirmer le nouveau chancelier Olaf Scholz, SPD, dans son discours de Nouvel An. C’était déjà la tâche [Lire….]

Ecologie

Les océans sont en surchauffe: les preuves ne cessent de s’accumuler

Par Robert Hunziker Selon l’ONG Ocean Conservancy [1]: «Depuis le début de l’industrialisation jusqu’à aujourd’hui, l’océan a absorbé plus de 90% de la chaleur due au réchauffement climatique d’origine humaine et environ un tiers de [Lire….]

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11 février 2022

Mon pays à l’ère nucléaire (PMO)

PMOnav

Mon pays à l’ère nucléaire

De Cadarache au plateau d’Albion

samedi 5 février 2022 par Renaud Garcia

La commission européenne qui est toute-puissante, vient par un pur acte de langage, mais hautement performatif, de transformer l’énergie nucléaire en énergie « verte » et « durable ». Une toute-puissance et une performativité que l’on n’avait pas vues à l’œuvre depuis la profération divine « - que la lumière soit ! » - à laquelle, nul n’est tenu de croire.
Le public a appris à cette occasion l’existence et le sens du mot « taxonomie » qui désigne « la science des lois de la classification ». Des lois évidemment évolutives, en fonction des évolutions de ceux qui les formulent.
Penser/classer a condensé Georges Pérec dans un bref essai (1985). La Commission européenne ayant le pouvoir de classer, a également celui de faire penser selon ses lois. C’est du moins son but comme le montre Debord dans ses Commentaires de 1988 :

« On peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée (de la bière, du bœuf, un philosophe). On peut aussi bien changer le nom quand la chose a été secrètement continuée : par exemple en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux évacuer les soupçons après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans les alentours. Le gouvernement anglais, on l’apprend démocratiquement trente ans plus tard, avait alors décidé de garder secret un rapport sur la catastrophe qu’il jugeait, et non sans raison, de nature à ébranler la confiance que le public accordait au nucléaire. »

A l’annonce de la métamorphose opérée par la formule magique de la Commission européenne, les persifleurs se sont esclaffés que la radioactivité de ses déchets était la seule chose durable dans le nucléaire. Une sorte d’éternité au regard de nos vies d’humains. Cette éternité a pourtant eu un début – en 1939, en France – et un pays, la Provence, colonie nucléaire et militaro-industrielle depuis les années 60 ; de Marcoule à Pierrelatte, de Cadarache au plateau d’Albion, des piles aux missiles, de la fission à la fusion nucléaire.
Histoire et tableau de la Provence nucléaire par Renaud Garcia.

(Pour lire le texte, ouvrir le document ci-dessous.)

Lire aussi :

• Du même auteur : Le Progrès arrive en gare de Lhassa et les notices de Notre Bibliothèque Verte

• Sur la même région : Aix-« en-Provence ». Un technosite de la société industrielle, de Jacques Rossi.

• Sur le même sujet :
  Mémento Malville
  Malville, Superphénix : 30 ans de défaite (ITER ou la fabrique d’Absolu, par Bertrand Louart)
  Louis Néel en 1976 : Creys-Malville, le dernier mot ?
  Sous le soleil de l’innovation, rien que du nouveau !

 

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28 janvier 2022

Joao Bernardo, "Contre l’écologie"

 

hangar_usine_d_saffect_e_graffiti_art_de_rue_images_photos_gratuites_libres_de_droits_1560x1040Joao Bernardo, "Contre l’écologie", désormais disponible en ebook chez Librinova

jeudi 24 septembre 2020, par Yves

https://www.librinova.com/librairie...

L’écologie est à la mode, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et le centre. Pourquoi les multinationales et les Etats se sont-ils tous convertis à l’écologie ? D’où vient cette propagande planétaire qui prétend transcender tous les clivages idéologiques ? Des « nouveaux mouvements sociaux » ou des multinationales ? Des gestionnaires du capitalisme ou des partisans de « l’éco-socialisme » ? Quels sont les principaux auteurs qui, à tort ou à raison, sont considérés comme les précurseurs de l’écologie ? Pourquoi les écologistes s’intéressent-ils davantage aux plantes et aux animaux, qu’aux hommes et aux femmes qui travaillent et sont exploités par le Capital ? Davantage à « la planète », à la « biodiversité » et au « climat » qu’aux prolétaires et à leurs conditions de travail ? Quelle a été la place de l’écologie dans l’Allemagne hitlérienne, l’Italie mussolinienne et le Portugal salazariste ? Dans ce recueil d’articles publiés en 2012 et 2013 sur le site brésilien Passa Palavra, João Bernardo apporte, dans un style polémique et incisif, des réponses solidement argumentées, à contre-courant des discours automatiques dominants. Pour celles et ceux qui ne veulent pas renoncer à leur esprit critique et souhaitent en finir avec l’exploitation et l’oppression, l’important n’est pas de savoir si l’on est d’accord avec l’auteur sur tous les points (attitude gauchiste ou anarchiste traditionnelle), mais s’il pose les bonnes questions...

João Bernardo est l’auteur de nombreux ouvrages mais aucun n’a été traduit en français. Para uma Teoria do Modo de Produção Comunista (1975) – Marx Crítico de Marx. Epistemologia, Classes Sociais e Tecnologia em O Capital, 3 volumes (1977) – Lucha de Clases en China (1977) – O Inimigo Oculto. Ensaio sobre a Luta de Classes, Manifesto Anti-Ecológico (1979) – Capital, Sindicatos, Gestores (1987) – Crise da Economia Soviética (1990) – Economia dos Conflitos Sociais (1991) – Dialéctica da Prática e da Ideologia (1991) – Poder e Dinheiro. Do Poder Pessoal ao Estado Impessoal no Regime Senhorial, Séculos V-XV (2002, 3 volumes) – Estado. A Silenciosa Multiplicação do Poder (1998) – Transnacionalização do Capital e Fragmentação dos Trabalhadores. Ainda Há Lugar para os Sindicatos ? (2000) – Labirintos do Fascismo. Na Encruzilhada da Ordem e da Revolta (2003, 2018) – Democracia Totalitária. Teoria e Prática da Empresa Soberana (2004) – Capitalismo Sindical (en collaboration avec Luciano Pereira) (2008) – A sociedade burguesa de um e outro lado do espelho : La Comédie humaine (2013) – Os Sentidos das Palavras. Terminologia economica e social na Comédie humaine (2014)

Prix : 4,99 euros en ebook

12 euros en version livre papier (frais d’envoi inclus)

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20 janvier 2022

LA GRATUITE DES TRANSPORTS EN COMMUN … une urgence sociale et écologique

 

LA GRATUITE DES TRANSPORTS EN COMMUN … une urgence sociale et écologique

Posté par 2ccr le 12 mars 2016

 bulleQuand les besoins des milieux populaires, les exigences de santé, de lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, se rencontrent naturellement, autour d’une revendication simple…

Nul besoin de développer longuement la nécessité de diminuer la circulation automobile, responsable de plus d’un quart des gaz à effet de serre. Mais Lire la suite… »

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09 janvier 2022

L’ABSURDITE DU SYSTEME

L’ABSURDITE DU SYSTEME

Posté par 2ccr le 16 janvier 2017

fonctionnaireLe chômage et la précarité sont le lot de tous les pays. C’est le système capitaliste qui veut cela. Tant que nous serons assujettis à l’économie de la marchandise, il n’y aura aucun moyen de s’en sortir. D’un côté, la relance dite keynésienne et la redistribution permettrait de limiter les dégâts pour les peuples, mais nous enfoncera dans le désastre écologique; de l’autre côté, la politique monétariste sape nos conditions d’ Lire la suite… »

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06 janvier 2022

La dévastation de la nature / Anton Pannekoek, 2019

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La dévastation de la nature / Anton Pannekoek, 2019


Source de la traduction: Pantopolis , par Ph.B., 8 juillet 2019, les notes n’ont pas été reprit; source originale:  Naturverwüstung / A[nton]. P[annekoek]. – In: Zeitungskorrespondenz, Nr. 75, 10. Juli 1909.


De nombreux écrits scientifiques se plaignent avec émotion de la dévastation croissante des forêts. Or ce n’est pas seulement la joie que chaque amoureux de la nature éprouve pour la forêt qui doit être prise en compte. Il existe aussi d’importants intérêts matériels, voire des intérêts vitaux pour l’humanité. Avec la disparition des riches forêts, des pays connus dans l’Antiquité pour leur fertilité, densément peuplés, véritables greniers pour les grandes villes, sont devenus des déserts pierreux. La pluie n’y tombe que rarement, ou des pluies diluviennes dévastatrices emportent les minces couches d’humus qu’elle doit fertiliser. Là où la forêt des montagnes a été anéantie, les torrents alimentés par les pluies de l’été roulent d’énormes masses de pierres et de sable, qui dévastent les vallées alpines, déforestent et détruisent les villages dont les habitants sont innocents « du fait que le profit personnel et l’ignorance ont détruit la forêt dans les hautes vallées et la région des sources ».

« Intérêt personnel et ignorance » : les auteurs, qui décrivent avec éloquence ce désastre, ne s’attardent pas sur ses causes. Ils croient probablement qu’il suffit d’en souligner les conséquences pour remplacer l’ignorance par une meilleure compréhension et en annuler les effets. Ils ne voient pas qu’il s’agit d’un phénomène partiel, l’un des nombreux effets de nature similaire du capitalisme, ce mode de production qui est le stade suprême de la chasse au profit.

Comment la France est-elle devenue un pays pauvre en forêts, au point d’importer chaque année des centaines de millions de francs de bois de l’étranger et de dépenser beaucoup plus pour atténuer par le reboisement les conséquences désastreuses de la déforestation des Alpes? Sous l’Ancien Régime, il y avait beaucoup de forêts domaniales. Mais la bourgeoisie, qui a pris les rênes de la Révolution française, ne voyait dans ces forêts domaniales qu’un instrument d’enrichissement privé. Les spéculateurs ont rasé trois millions d’hectares pour transformer le bois en or. L’avenir était le cadet de leurs soucis, seul comptait le profit immédiat.

Pour le capitalisme, toutes les ressources naturelles ont la couleur de l’or. Plus il les exploite rapidement, plus le flux d’or s’accélère. L’existence d’un secteur privé a pour effet que chaque individu essaie de faire le plus de profit possible sans même penser un seul instant à l’intérêt de l’ensemble, celui de l’humanité. Par conséquent, chaque animal sauvage ayant une valeur monétaire, toute plante poussant à l’état sauvage et dégageant du profit est immédiatement l’objet d’une course à l’extermination. Les éléphants d’Afrique ont presque disparu victimes d’une chasse systématique pour leur ivoire. La situation est similaire pour les hévéas, qui sont victimes d’une économie prédatrice dans laquelle tout le monde ne fait que détruire les arbres sans en replanter de nouveaux. En Sibérie, on signale que les animaux à fourrure se raréfient de plus en plus en raison d’une chasse intensive et que les espèces les plus précieuses pourraient bientôt disparaître. Au Canada, de vastes forêts vierges sont réduites en cendres, non seulement par les colons qui veulent cultiver le sol, mais aussi par les «prospecteurs» à la recherche de gisements de minerai ; ceux-ci transforment les versants montagneux en roches dénudées pour avoir une meilleure vue d’ensemble du terrain. En Nouvelle-Guinée, un massacre d’oiseaux du paradis a été organisé afin de se plier à la lubie dispendieuse d’une milliardaire américaine. Les folies de la mode typiques d’un capitalisme gaspillant la plus-value ont déjà conduit à l’extermination d’espèces rares; les oiseaux de mer de la côte est-américaine n’ont dû leur survie qu’à la stricte intervention de l’État. De tels exemples pourraient être multipliés à l’infini.

Mais les plantes et les animaux ne sont-ils pas là pour être utilisés par les humains à leurs propres fins ? Ici, nous laissons complètement de côté la question de la conservation de la nature telle qu’elle se poserait sans l’intervention humaine. Nous savons que les humains sont les maîtres de la terre et qu’ils transforment complètement la nature pour leurs besoins. Pour vivre, nous sommes complètement dépendants des forces de la nature et des richesses naturelles; nous devons les utiliser et les consommer. Ce n’est pas de cela dont il est question ici, mais uniquement de la façon dont le capitalisme en fait usage.

Un ordre social raisonnable devra utiliser les trésors de la nature mis à sa disposition de telle sorte que ce qui est consommé soit en même temps remplacé, en sorte que la société ne s’appauvrisse pas et puisse s’enrichir. Une économie fermée qui consomme une partie des semis de céréales s’appauvrit de plus en plus et doit infailliblement faire faillite. Tel est le mode de gestion du capitalisme. Cette économie qui ne pense pas à l’avenir ne fait que vivre dans l’instantanéité. Dans l’ordre économique actuel, la nature n’est pas au service de l’humanité, mais du Capital. Ce ne sont pas les besoins vestimentaires, alimentaires et culturels de l’humanité, mais l’appétit du Capital en profit, en or, qui régit la production.

Les ressources naturelles sont exploitées comme si les réserves étaient infinies et inépuisables. Avec les néfastes conséquences de la déforestation pour l’agriculture, avec la destruction des animaux et des plantes utiles, apparaît au grand jour le caractère fini des réserves disponibles et la faillite de ce type d’économie. Roosevelt reconnait cette faillite lorsqu’il veut convoquer une conférence internationale pour faire le point sur l’état des ressources naturelles encore disponibles et prendre des mesures pour prévenir leur gaspillage.

Bien sûr, ce plan en soi est une fumisterie. L’État peut certes faire beaucoup pour empêcher l’impitoyable extermination d’espèces rares. Mais l’État capitaliste n’est après tout qu’un triste représentant du bien commun (Allgemenheit der Menschen). Il doit se plier aux intérêts essentiels du Capital.

Le capitalisme est une économie décérébrée qui ne peut réguler ses actes par la conscience de leurs effets. Mais son caractère dévastateur ne découle pas de ce seul fait. Au cours des siècles passés, les êtres humains ont exploité la nature de manière insensée sans penser à l’avenir de l’humanité tout entière. Mais leur pouvoir était réduit. La nature était si vaste et si puissante qu’avec leurs faibles moyens techniques, ils ne pouvaient lui faire subir que d’exceptionnels dommages. Le capitalisme, en revanche, a remplacé le besoin local par le besoin mondial, créé des moyens techniques pour exploiter la nature. Il s’agit alors d’énormes masses de matière qui subissent des moyens de destruction colossaux et sont déplacées par de puissants moyens de transport. La société sous le capitalisme peut être comparée à la force gigantesque d’un corps dépourvu de raison. Alors que le capitalisme développe une puissance sans limite, il dévaste simultanément l’environnement dont il vit de façon insensée. Seul le socialisme, qui peut donner à ce corps puissant conscience et action réfléchie, remplacera simultanément la dévastation de la nature par une économie raisonnable.

 

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